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À Paris, les regards se tournent vers l’Asie, ses idées, son univers, et même sa propagande



Samedi, l’Asie était à l’honneur de la Paris Fashion Week Online de prêt-à-porter masculin, grâce aux propositions spectaculaires d’un quatuor de designers originaires de ce continent.

Juun.J

Ce jour-là — à mi-parcours de cette saison d’un nouveau genre, exclusivement numérique —, même si les créateurs eux-mêmes ne révolutionnaient leur approche du vêtement, les jeunes cinéastes qui mettaient en scène leurs collections ont bénéficié de la plateforme mise en place par la Fédération pour exprimer des visions parfois avant-gardistes.

Un univers très convaincant, très graphique, en noir et blanc chez Juun.J, dont les uniformes de combat de pop star branchée avaient fière allure dans la jungle urbaine de Séoul. Dans le crépuscule des heures de pointe, la rencontre du designer coréen avec les tenues de cérémonie, les armures de samouraï, la silhouette d’un dandy et une certaine attitude héroïque inscrivent d’emblée cette collection parmi ses meilleures. Tournée dans une centaine de nuances de gris, comme l’un des premiers films de Wim Wenders, la vidéo était peut-être la plus aboutie de la journée et, dans sa sobriété, elle était totalement en phase avec l’atmosphère un peu craintive qui règne cette année. Une belle profondeur pour cette présentation intitulée “SeoulSoul”. 

Maison Mihara Yasuhiro a toujours produit un discours singulier et pertinent sur la mode. Son événement virtuel commençait par le réveil d’une marionnette dans une chambre de loft, avant son départ pour assister à un show au Palais de Tokyo. La vidéo présentait ensuite un défilé plus classique, avec de superbes mailles déconstruites et des chemises de grand-père, des sahariennes peintes à la main, des imperméables aux couleurs vives et des polos de joueur de bowling, ornés de logos. La “mode d’assemblage” de la marque mixte Maison Mihara Yasuhiro est à son apogée, et c’est tant mieux.

Li-Ning, la marque de vêtements masculins la plus influente de Chine, a été fondée par le légendaire gymnaste du même nom. Celui-ci s’est rendu célèbre dans le monde entier en remportant six médailles d’or aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, les premiers auxquels la Chine participait depuis le passage au communisme. Au cas où vous l’auriez oublié, le clip de la marque s’ouvre sur la performance sans faute de Li Ning sur les anneaux, et s’achève sur des fans de l’athlète brandissant un énorme drapeau chinois à cinq étoiles dans les tribunes. Entre les deux, des images de son dernier défilé à Paris, et de nombreux plans de ses collections mélangeant équipements sportifs et streetstyle.

On ne peut qu’admirer la remarquable habileté sportive de Li Ning et son succès dans la construction d’une grande marque internationale — et se réjouir de ses collaborations sur des modèles de sneakers, avec de grands noms comme Dwyane Wade et Stefano Pilati. Mais le drapeau agité dans sa vidéo laisse un goût amer de propagande bon marché, surtout si on pense à la loi de sécurité imposée cette semaine à Hong Kong par les communistes de Chine continentale pour étouffer la démocratie et imposer un régime autoritaire à parti unique… 

Le dernier slogan du clip de Li-Ning martèle pourtant : “le passé alimente le futur”. Aujourd’hui, à Hong Kong, c’est plutôt le passé qui menace de voler l’avenir.

Li-Ning

 
La marque japonaise Sulvam, pilotée par le designer Teppei Fujita, a tout misé sur son style poétique et ses constructions complexes, en mettant en scène des couples de mannequins dans une présentation mixte. Les mannequins, tantôt debout ou couchés sous un viaduc autoroutier, entourés par les bruits de la circulation, portent de grands manteaux transparents, des vestes effilochées à poches biseautées, des blousons militaires en soie camouflage associés avec d’autres vêtements en mousseline de soie contrastée. “Couper des vêtements, c’est dessiner des patrons, rassembler ces éléments de couleurs et de tissus, c’est faire de la magie”, explique Teppei Fujita en anglais, décrivant ses créations avec une grande justesse.

Mais ce samedi, les créateurs français n’étaient pas en reste.

Isabel Marant était sensée organiser son premier défilé masculin au cours de la Fashion Week, mais quand la saison a pris une forme numérique, comme tout le monde, la créatrice a dû changer de cap. Celle-ci a dévoilé une vidéo tournée à l’intérieur du Centre National de la Danse, un bâtiment monumental rénové au début de ce siècle par deux jeunes architectes, Antoinette Robain et Claire Guieysse. Des combinaisons beiges, des pulls en mohair teintés de couleurs arc-en-ciel, des vestes de bombardier en ikat et des tops à logo pleins d’énergie. Les vêtements évoquaient cette rencontre joyeuse entre l’élégance française et l’optimisme américain, l’ADN d’Isabel Marant, le plus grand succès de la mode française de cette dernière décennie. 

Il faut aussi mentionner Davi Paris, dont les mannequins, se promenant avec insouciance sous les falaises blanches de Normandie, étaient magnifiquement filmés. Un cadre idéal pour mettre en valeur une superbe collection de vêtements d’été — chemises à fleurs bucoliques, jeans de rockers romantiques, gilets imprimés d’orchidées et mailles à motifs de brindilles. Le tout habilement mis en scène par Van Mossevelde + N, un duo de réalisateurs à suivre.  

De jeunes gens aux ventres plats, réunis autour d’une piscine en banlieue : voilà en résumé la petite vidéo très soignée de la maison germano-suédoise Lazoschmidl. Intitulée “Margarita”, le clip est signé Johan von Reybekiel, avec une belle musique de Carl Hjelm Sandqvist. Le charmant mannequin qui ouvre la présentation porte un maillot de bain à imprimé peau de vache. Les maillots de bain sont mini et imprimés de papillons ; les très rares sweat-shirt et chemises à fleurs sont agencés avec légèreté par la styliste Emma Thorstrand. À la fin de la vidéo, un mannequin particulièrement mince sort de la piscine, vêtu d’un magnifique jean orné de pétales de rose…

Pour la maison Francesco Smalto, réputée pour son savoir-faire, il s’agissait de mettre en mouvement l’esprit du costume tailleur traditionnel. Des pantalons à rayure tennis, à pli marqué et jambe large, portés avec des sneakers par deux danseurs qui s’élancent et sillonnent les luxueux salons d’un hôtel particulier parisien, ou s’ébattent dans les ruelles des alentours du Palais de Tokyo, ou encore le chic d’un col châle aux abords de la passerelle Debilly, le tout réalisé par le talentueux Jason Last. La vidéo est portée par les deux danseurs et chorégraphes, Ablaye Diop et Germain Louvet, étoile du ballet de l’Opéra de Paris, eux-mêmes accompagnés par une splendide bande-son signée Nicolas Leau.
 

Isabel Marant

Le très festif label français Casablanca a placé sa présentation sur un bord de mer en trompe-l’oeil, habillant ses mannequins de costumes à larges carreaux, de chemises inspirées de Miami Vice, et de superbes tops imprimés d’images de fruits tropicaux, de plongeurs et de stars du tennis. Le fondateur franco-marocain de Casablanca, Charaf Tajer, prend manifestement beaucoup de plaisir à dessiner — et à coup sûr, ces vêtements seront portés pour célébrer la vie. Comme une réponse du Maghreb à Tommy Hilfiger : d’ailleurs, les mannequins Casablanca quittent la présentation à bord d’une Porsche Targa, une planche de surf harnachée sur le toit.

Ceux qui préfèrent une vision plus moderne du tailleur devraient se tourner vers Aldo Maria Camillo, qui a utilisé son créneau horaire sur le calendrier officiel pour un mini-film indie en noir et blanc, effet Nouvelle Vague. Des petits vêtements précieux, mais une certaine morosité dans l’image de marque, alors qu’il s’agit évidemment d’un aspect au moins aussi important que la collection elle-même dans le cadre de cette Fashion Week numérique.

Enfin, la contribution de Doublet met en scène un ours urbain qui aime Noël, à la fourrure composée d’octogones en crochet colorés. La peluche animée coud elle-même tout une série de tenues, avant de les envelopper dans du papier doré pour les fêtes de fin d’année. Les mannequins sont en fait les destinataires de ces cadeaux, et portent les vêtements dans des contextes festifs, et même à un mariage où l’ours en crochet sauve la situation en retrouvant les alliances égarées. Franchement, même avec toute la bienveillance du monde, ce court métrage bricolé n’était pas à la hauteur.

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