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Berlin Fashion Week: l’écologie au coeur des débats


Traduit par

Paul Kaplan

Publié le



10 sept. 2021

En ce moment, l’actualité allemande tourne principalement autour de la politique, car les électeurs s’apprêtent à choisir le successeur d’Angela Merkel.

 

Mais cette semaine, la mode aussi était au rendez-vous, avec la Mercedes-Benz Fashion Week Berlin, qui a duré trois jours dans la capitale allemande, recouverte d’affiches politiques annonçant une élection si serrée que les experts renoncent à se prononcer sur son résultat.

Sous le règne d’Angela Merkel, restée seize ans au pouvoir, l’Allemagne a pris une position dominante en Europe, sans pour autant inquiéter ses voisins. Il n’en va pas de même pour la mode — difficile de comprendre pourquoi la culture allemande, dont l’influence s’exerce sur le monde des beaux-arts, de l’architecture ou de la photographie, a reculé dans le domaine de la mode sous l’ère Merkel.

Lorsque la chancelière est arrivée au pouvoir, Karl Lagerfeld organisait les plus grands défilés du monde chez Chanel, la première marque de Haute Couture, Jil Sander avait fondé et dirigeait la mode féministe, et Berlin connaissait un véritable essor dans ses boîtes de nuit et sa mode urbaine. Aujourd’hui, les quelques jeunes créateurs du pays — Luke et Lucie Meier chez Jil Sander, GmbH fondé par Serhat Isik et Benjamin Huseby, récemment recrutés chez Trussardi, ou des designers indépendants comme Lutz Huelle — creusent tous leur sillon à l’étranger. 

Quel jeune créateur allemand a jamais atteint la finale du Prix LVMH, la récompense la plus prestigieuse pour les talents émergents de la planète ?
 
Début d’explication: au cours de la dernière décennie, les Allemands se sont montrés plutôt hostiles au changement. Dans un monde incertain, leur économie a prospéré et ils ont réélu Merkel à quatre reprises. Mais la mode ne prospère que dans un contexte de changement permanent.

Cette saison, on a pu découvrir les premières graines d’une renaissance dans un domaine particulièrement important en Allemagne: l’environnement. Le mouvement écologique mondial est né avec les Verts allemands. Leurs idées sur le développement durable, le recyclage et l’approvisionnement local et équitable imprégnaient de nombreuses collections présentées au Kraftwerk, une ancienne centrale électrique située dans l’ancien Berlin-Est, le centre névralgique de la semaine de la mode. Un concept car Mercedes-Benz réalisé en collaboration avec le DJ et designer Heron Preston, qui a également dessiné une collection capsule d’airbags recyclés issus des stocks du constructeur automobile, occupait une place de choix dans l’espace en béton brut.

La collection d’airbags recyclés Mercedes-Benz x Heron Preston – DR

On a ainsi remarqué le label Lutz Morris, piloté par Tina Morris, une étonnante créatrice d’accessoires revenue à Berlin après avoir travaillé pendant deux décennies à New York pour des marques comme Calvin Klein et Issey Miyake. Autoproclamée marque de luxe fabriquée en Allemagne, Lutz Morris s’approvisionne presque exclusivement en cuirs allemands — ses chaînes sont fabriquées dans la Forêt-Noire —, travaille avec des artisans locaux, et vend 90% de ses magnifiques sacs sur Internet.

Ou encore Moot, qui signifie “Made Out Of Trash”, dont le fondateur Michael Pfeifer a justement rejoint Tina Morris dans le cadre d’une table ronde organisée au Kraftwerk, aux côtés de Julia Leifert et Mira von der Osten de Cruba, pour “Create Revolutions in the Berlin Argument”, une marque qui utilise la technologie 3D. Leur conversation tournait autour de la mode et du passage au numérique, et était animée par le rédacteur en chef du magazine Der Spiegel, Philipp Löwe. Michael Pfeifer est venu vêtu d’un tee-shirt coupé dans un vieux drap de lit, d’un pantalon réalisé à partir d’anciens rideaux et d’une veste — plutôt élégante — coupée dans une vieille couverture en laine.

De nombreuses conversations ont ainsi eu lieu au Kraftwerk, afin de permettre aux leaders du secteur de définir leur propre marche à suivre. Toutes ces discussions avaient lieu sous les auspices du Fashion Council Germany, dont la présidente, Christiane Arp, est l’ancienne rédactrice en chef, encore très respectée, du Vogue allemand.

Fassbender Printemps-Été 2022 – Photo : Fassbender – FASSBENDER

L’année dernière, après une décision surprise qui a bouleversé l’ensemble du secteur, le très inventif salon professionnel Premium a déménagé vers la capitale financière du pays, Francfort, ses organisateurs déplorant publiquement le manque de soutien à la mode de la part de l’administration locale — de gauche — à Berlin.

Toutefois, la Berlin Fashion Week, désormais soutenue par le sénat berlinois, a réussi à organiser une douzaine de défilés, notamment ceux de William Fan et Fassbender. Ce dernier mêlait la superbe de l’aristocratie hanséatique au panache des Baléares dans une collection inspirée d’Ibiza.
 
Des pantalons à rayures marines audacieuses et des gilets assortis, des manteaux fluides en alpaga provenant d’exploitations respectueuses des animaux et des robes de flamenco bleues, tourbillonnantes, élégantes — c’est la qualité générale de la collection qui a fait le succès de ce défilé.

Fiona Bennett

Fiona Bennett

Peu d’action sur les podiums donc, mais il y avait beaucoup à voir ailleurs, à commencer par Fiona Bennett, la modiste la plus célèbre de la ville, dont le magasin aéré du quartier de Schöneberg est une boutique incontournable quand on visite Berlin.

Née en Grande-Bretagne et élevée à Brighton, Fiona Bennett a déménagé avec sa famille à Berlin avant la chute du mur. Elle y a appris les techniques classiques de la chapellerie, qu’on sent encore dans ces superbes fedoras pour hommes en feutre qui rappellent les tableaux d’Otto Dix et les vilains garçons de Cabaret.

Mais ce dont on se souviendra particulièrement, ce sont ses spectaculaires chapeaux de paille coniques, fabriqués au Ghana. 

“C’est la définition même du développement durable: les chapeaux sont fabriqués par de véritables experts en tissage, un groupe de villageois vivant au fin fond de la campagne”, sourit Fiona Bennett, dont les créations ont déjà arpenté les défilés de Wolfgang Joop et de Michael Michalsky.
 
En observant ses merveilleuses compositions dignes de My Fair Lady et ses délicates fleurs de paille idéales pour les mariages d’été, on doit se rendre à l’évidence: Fiona Bennett n’a pas usurpé sa place parmi les plus grandes modistes du monde.

Working Title 

Photo : Working Title

Working Title fait partie de ces marques qui capturent l’élégance urbaine du Berlin contemporain. Le label a été fondé par un couple très branché, composé d’Antonia Goy et Bjoern Kubeja.

Le duo travaille dans un atelier entièrement fonctionnel, un espace partagé avec des artistes plastiques et des graphistes à deux pas du bureau de la chancelière Merkel.

“Notre principale influence, c’est la ville de Berlin, son énergie et son architecture, ses jardins et ses lacs alentours”, explique Bjoern Kubeja.

En se concentrant sur des tissus de luxe unis — comme des laines parfaitement plissées ou des cotons bio —, Working Title propose une garde-robe sophistiquée pour les professionnels urbains, à la coupe impeccable. On retient notamment les magnifiques chemises masculines pour femmes. Chaque look semble taillé pour un vernissage, un restaurant chic ou une soirée branchée.

 

Natascha von Hirschhausen

Photo : Natascha von Hirschhausen

Natascha von Hirschhausen, qui a fait sien le concept de la coupe zéro déchet, s’engage résolument dans le domaine de la mode durable.

Sur un exemple de découpe assistée par ordinateur (CAD/CAM) que la créatrice nous a montré, on comprend que l’industrie gaspille en général jusqu’à 20% de ses tissus. La créatrice berlinoise, en revanche, ne perd que 0,5% sur ses découpes, et transforme ses minuscules chutes en boucles d’oreilles.
 
“Quand j’étais étudiante, j’ai fait un échange au Bangladesh, un pays que j’ai aimé pour sa beauté et ses habitants, mais où j’ai été choquée par les petites chutes de tissus qui partout jonchaient le sol. C’est alors que j’ai décidé que quelque chose devait changer”, raconte Natascha von Hirschhausen, lors d’une visite de son studio-appartement dans le quartier résidentiel de Wedding, à Berlin-Ouest.

Sa proposition: une collection astucieuse où les plis supplémentaires du tissu ajoutent du volume à ses blouses argentées en soie à taille réglable, à ses volumineux pantalons de travail en denim bio et à ses superbes sweatshirts à découpes, parfaitement adaptés pour sortir le weekend. La créatrice a remporté le Prix fédéral de l’écoconception 2017 peu après avoir fondé sa maison.

 

William Fan : La mode comme cérémonial

William Fan Printemps-Été 2022 – Photo : FashionNetwork.com

William Fan est un ressortissant chinois qui a élu domicile à Berlin. Pour sa dernière collection, il s’est inspiré des habitants hippies de la capitale allemande.

Dans le cadre d’un des rares défilés du calendrier berlinois, William Fan a dévoilé sa collection dans une immense usine désaffectée, une parmi tant d’autres dans cette ville autrefois industrielle.
 
William Fan apprécie l’élégance et coupe ses vêtements dans de grands jacquards, des brocarts à fleurs et des laines sergées sombres. Les formes semblent taillées pour une cérémonie, pour les hommes comme pour les femmes.
 
Mais sa meilleure idée était sans doute ce coton couleur ciment dentelé, utilisé sur des robes ressemblant à des sarraus, des trenchs ou des blousons. Ses hommes et ses femmes sont vêtus de tenues très similaires — de lourds manteaux sacerdotaux en soie ou en brocart.

William Fan maîtrise l’art du tailleur à la perfection: on le voit dans ses blousons militaires aux allures de cape, portés avec des sarouels ajustés, ou ses manteaux de cardinal en toile de coton.

Né à Hong Kong, William Fan a déménagé en Europe pour étudier la mode avant de se retrouver à Berlin et de lancer son propre label en 2015. Très connu sur la scène locale, le designer ne manque pas d’assurance. Son inspiration ? Le quartier qu’il habite, l’hypercentral Mitte, dont le nom signifie “Milieu” en allemand. 

“Nous sommes enfermés depuis plus d’un an. Les personnes qui m’ont le plus inspiré sont ces jeunes que je vois se promener dans mon quartier”, explique William Fan.

D’ailleurs, son casting “sauvage” comprenait des mannequins recrutés dans la rue, mélangés à des professionnels.

 

Marcel Ostertag

Mais l’événement le plus étrange était sans doute celui de Marcel Ostertag, dont le défilé donné devant l’église St Elisabeth, élégamment délabrée, était sponsorisé en partie par Opel, l’un des rivaux de Mercedes-Benz.

Marcel Ostertag – Photo : FashionNetwork.com

Dévoilée dans une ambiance un peu maniérée, la collection était souvent réalisée dans les mêmes teintes que les voitures, et chaque invité recevait une paire de chaussettes Opel dans un sac à cadeaux. Si l’on ne connaît pas encore la traduction allemande de l’adjectif “bidon”, ce terme résume pourtant bien la situation.

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