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Confinée à Rome, Maria Grazia Chiuri se réfugie dans la créativité


Alors que le monde se barricade pour enrayer l’épidémie de Covid-19, Maria Grazia Chiuri, la directrice créative des collections féminines de Christian Dior, fait les choses à l’italienne. Confinée avec sa famiglia à Rome, elle a répondu à nos questions.

“Je suis avec ma fille Rachele [Regini, conseillère culturelle au sein du département de création de Dior, ndlr]; nous sommes confinées dans notre maison familiale à Rome. Cette crise affecte l’ensemble de la planète — à mon avis, il est primordial de garder son sang-froid et de se réfugier dans la créativité. J’ai beaucoup de chance de pouvoir dire que je vais bien, et que ma famille et mes amis aussi”, souffle Maria Grazia Chiuri.
 

Maria Grazia Chiuri salue à la fin de son dernier défilé, pour la saison Automne-Hiver 2020-21

“Avoir la santé tout en restant à la maison, c’est un privilège. Il faut en avoir conscience : nous avons beaucoup de chance”, confesse la créatrice italienne, qui a accepté de répondre à nos questions.
 
La mère et la fille partagent un appartement dans le centre historique de la capitale italienne, perché entre les clochers et les dômes de la ville éternelle, qui donne sur une orangeraie où des moniales se promènent entre deux méditations.

D’un point de vue créatif, Maria Grazia Chiuri a l’habitude de travailler en étroite collaboration avec son équipe et son atelier. Elle-même a patiemment gravi les échelons au cours de sa carrière : après une formation à l’Istituto Europeo di Design à Rome, elle rejoint Fendi en 1989, où elle se fait remarquer en assurant la création des accessoires. En 1999, elle est recrutée chez Valentino, qui lui confie bientôt la direction créative de la ligne Red Valentino, avec son complice Pierpaolo Piccioli. Une décennie plus tard, le duo créatif pilote le studio de la maison Valentino. C’est à ce moment-là — en 2016 — que Maria Grazia Chiuri est nommée à l’un des postes les plus prestigieux de l’écosystème de la mode : directrice de création des collections féminines de Christian Dior. Elle devient ainsi la première femme à diriger le studio de la vénérable maison Dior, sur les traces de légendes comme Yves Saint Laurent, John Galliano, Gianfranco Ferré et, bien entendu, Monsieur Dior lui-même.

Depuis son arrivée chez Dior, Maria Grazia Chiuri y a injecté une dose de féminisme bienvenue, tout en parvenant à incarner un style à la fois insouciant et élégant. Réputée pour sa démarche pratique, Maria Grazia Chiuri met souvent la main à la pâte : aujourd’hui, la distance qui la sépare de son équipe l’oblige à trouver de nouvelles méthodes pour rester en contact et avancer dans la création de ses collections.
 
“La technologie nous aide à rester en contact. On organise des réunions via FaceTime, on se téléphone tous les jours. Le personnel de l’atelier parisien travaille à domicile et m’envoie des photos ou des vidéos des travaux en cours. Bien sûr, c’est parfois difficile : les meilleures idées viennent souvent des conversations que nous avons ensemble, et du fait que l’équipe soit réunie dans une même pièce, mais nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter à cette situation. Mes collaborateurs vont bien, et j’ai même l’impression que le confinement stimule leur créativité. Je leur parle régulièrement, et je sens chez eux une énergie décuplée. La créativité, c’est comme un refuge qui permet de s’échapper du monde réel. Aujourd’hui, ça prend tout son sens”, explique Maria Grazia Chiuri.

Si la créatrice est née à Rome, sa mère est originaire du Salento, à l’extrémité sud-est des Pouilles, le talon de la péninsule italienne. Jusqu’ici, l’Italie est le pays le plus endeuillé par la pandémie de Covid-19, avec plus de 17 500 morts.

“Il est impossible de ne pas être affecté par la situation. Je suis profondément attristée par ce qui se passe. Un grand nombre de marques de mode italiennes, mais aussi Christian Dior, produisent des masques et du désinfectant pour les hôpitaux, et c’est tout à leur honneur. Nous travaillons en étroite collaboration avec tout une série d’usines en Italie — ma priorité est de les soutenir, aujourd’hui mais aussi après la crise”, assure la créatrice.

Une silhouette du défilé Automne-Hiver 2020-21 de Christian Dior

À la différence d’un certain nombre de ses confrères du monde de la mode, Maria Grazia Chiuri n’est pas spécialement connectée à sa communauté sur les réseaux sociaux en ce moment. Pour elle, le confinement autorise une réflexion sur soi-même, tout en respectant l’espace personnel des autres, y compris dans la sphère virtuelle.
 
“J’utilise les réseaux sociaux avec parcimonie. Je suis assez occupée par mon travail et je passe du temps avec ma famille. Au fond, je ne suis pas une personne très connectée”, reconnaît-elle.

Son dernier défilé pour Dior avait lieu sous un chapiteau dressé dans le jardin des Tuileries, à la fin du mois de février, pendant la semaine de la mode parisienne. Une collection marquante, intitulée “Rivolta Femminile”, qui s’inspirait de son propre sentiment de révolte à l’adolescence contre les normes et les codes vestimentaires de la bourgeoisie romaine. Les mannequins déambulaient sous des enseignes lumineuses géantes conçues par le collectif Claire Fontaine, sur lesquelles on pouvait lire : “Women are the Moon that Moves the Tides” (“Les femmes sont la lune qui entraîne les marées”), ou bien “When Women Strike the World Stops” (“Quand les femmes se mettent en grève, le monde s’arrête”).

Aujourd’hui, le monde a pris conscience de l’importance vitale de la distanciation sociale pour briser la marée du Covid-19 — on se rappelle donc avec effroi qu’il y a encore quelques semaines, nous étions entassés sous un chapiteau avec 2000 personnes, assises côte à côte pour assister à ce défilé.
 
Avec le recul, Maria Grazia Chiuri admet qu’elle a pris conscience très tôt du danger représenté par la pandémie. “J’ai tout de suite compris la gravité de cette crise — dès qu’on a reçu les premières nouvelles sur la situation en Chine. Je me souviens que c’était juste avant le dernier défilé automne-hiver. J’étais absorbée par mon travail mais je n’arrivais pas à me l’enlever de la tête”.

Depuis, Dior a annulé son défilé Croisière, qui devait avoir lieu début mai dans les Pouilles, la région natale de la mère de Maria Grazia Chiuri. Par ailleurs, les grandes instances dirigeantes de la mode française ont également annulé la prochaine saison des défilés Haute Couture, qui se tient traditionnellement début juillet. En clair, le prochain défilé de Maria Grazia Chiuri pour Dior n’aura pas lieu avant la fin du mois de septembre, au cours de la Fashion Week Printemps-Été 2021 de Paris.

Aujourd’hui, après plusieurs semaines de confinement et de réflexion, les anciens schémas de la mode, rythmés par l’enchaînement des saisons et les voyages internationaux, sont-ils sur le point de se transformer en profondeur ?

“À mon avis, personne ne peut encore le dire. Je pense que le monde entier, secteur de la mode compris, va devoir s’adapter à de nouveaux modèles, au moins pour un certain temps. Il est difficile de prévoir comment les choses vont changer. Aujourd’hui, je me concentre principalement sur le moment présent, en prenant les choses au jour le jour et en cherchant un refuge dans ma créativité. Il est vain de tenter de prédire l’avenir : je pense simplement qu’il y aura des ajustements à faire et que nous devons nous préparer à les accepter”, conclut-elle.

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