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Fashion Week numérique de Londres : un dimanche partagé entre innocence et visions post-apocalyptiques


Le titre de la vidéo dévoilée par le créateur Matthew Miller, Post Apocalyptic Merchandise, résumait à lui seul l’ambiance générale du nouveau format numérique orchestré ce weekend par la London Fashion Week.

Une capture d’écran de la vidéo de Matthew Miller – Instagram

Dépourvue de défilés en direct, mais remplie d’idées et de style, la journée de dimanche s’articulait autour des thèmes du développement durable et de l’inclusivité, qui définissent notre époque, sans délaisser la recherche d’une mode élégante et innocente. Et un certain instinct de survie transpirait sur la plateforme numérique de la London Fashion Week — un grand nombre de jeunes maisons de mode sont actuellement menacées par la crise.

Matthew Miller a présenté un montage d’images d’archives sur une bande sonore aux accents sombres et industriels, pour “donner un aperçu de la situation actuelle de notre espèce et refléter les temps tumultueux et incertains que nous traversons”. Des vidéos de gymnastique rétro, d’usines robotisées et de discours du colonel Kadhafi, mélangées avec des avions de chasse, des missiles et plusieurs mannequins très jeunes, affublés de masques et de tee-shirts estampillés “The New Normal” (“La nouvelle normalité”), “Armed Self Defense” (“Autodéfense armée”) et “New Future Systems” (“Nouveaux systèmes du futur”).

Chez Preen by Thornton Bregazzi, l’innocence était le leitmotiv d’une courte vidéo réalisée par Turkina Faso qui suivait une jeune fille blonde au visage frais, dansant et courant au coucher du soleil dans un parc urbain vallonné, vêtue d’une robe rouge vif, froncée et plissée, des cocktails rose bonbon à la main. La bande-son ? Un mélange de musiques de Gabriel Prokofiev et d’une voix d’ascenseur de grand magasin annonçant la fermeture et l’ouverture des portes, la montée et la descente de l’ascenseur. Et une touche de confusion : la vidéo était répertoriée “Seasonless 2020”.

Tomfoolery lisant un poème sur l’imagination pour Vogue Italia – London Fashion Week

Si, à l’origine, l’événement devait se concentrer sur la mode masculine, la pandémie de Covid-19 a changé les plans du British Fashion Council, qui a établi un calendrier officiel partagé entre prêt-à-porter masculin et féminin : une série de présentations en ligne, dont la plupart s’incarnaient sous la forme de vidéos pré-enregistrées. Dimanche, le coup d’envoi de la journée a été donné par un entretien avec l’aristocrate le plus célèbre de la mode britannique, Sir Paul Smith.

“À vrai dire, je ne me suis pas arrêté de travailler pendant toute la durée du confinement. C’était une période solitaire, mais intéressante : nous avons tous été si créatifs ! À mes débuts, la mode londonienne se concentrait surtout sur certains tissus britanniques spécifiques, et proposait soit des vêtements pour la campagne, soit un vestiaire taillé pour la ville. Aujourd’hui, la mode anglaise s’est construit un véritable sens de l’humour, une façon plus latérale de penser les choses”, analysait ainsi Paul Smith, depuis son bureau de Covent Garden, dans le cadre d’une conversation avec Hu Bing, l’ambassadeur de la London Fashion Week (LFW) en Chine. 
 
“Mon premier voyage à Pékin remonte aux années 80 : à l’époque, mon guide m’avait expliqué qu’il y avait 12 millions de vélos dans le pays. De nos jours, les choses ont changé : aujourd’hui, il doit plutôt y avoir 200 millions de voitures”, se rappelle le créateur. Lorsqu’on lui demande s’il a un message à transmettre au public chinois, celui-ci répond : “L’individualité et le fait d’avoir sa propre personnalité, c’est si beau dans ce monde homogène. Comme les boutons cachés ou les doublures colorées dans nos vestes”.  

“Je me suis installé dans cette pièce il y a 20 ans. Elle était vide à l’époque ; aujourd’hui, elle est remplie de livres et d’objets, dont beaucoup m’ont été envoyés par des admirateurs du monde entier. C’est fantastique : je peux m’asseoir à cette table avec tous mes assistants stylistes et partager immédiatement mes idées, qu’il s’agisse d’une couleur ou d’une image tirée d’un livre d’art. Habituellement, il y a 180 personnes ici. Maintenant, il n’y a plus que moi. J’ai du mal à commencer à travailler sur ma collection d’automne-hiver 2020/21. Je ne peux montrer aucune de mes idées sans les scanner et les envoyer par e-mail”, regrette le créateur.

“À Londres, nous avons la chance d’avoir des écoles d’art et des universités fantastiques, et toutes ces contributions incroyables d’étudiants du monde entier. Peut-être que la pandémie nous a rendus plus humbles, plus solidaires, et nous a permis de garder les pieds sur terre. D’un point de vue commercial, c’est un désastre. Tous mes magasins sont fermés, mais je dois encore payer loyer et salaires”.

La collection de 8ON8, “The Crown of Ruins” : des coiffes éco-responsables – London Fashion Week

L’école de mode la plus célèbre de la ville, Central Saint Martins, a dévoilé les travaux de plus d’une vingtaine d’étudiants en master, qui se sont essayés à développer — à distance et en solitaire — des matériaux aux formes abstraites, des croquis pleins d’énergie et des images d’albums photos. Pas beaucoup de “vrais” vêtements, mais une quantité explosive de visions rafraîchissantes et saisissantes. Pour n’en citer que trois : Ile Guilmard a découpé des vestes d’escrime en feutre et des jambières en ruban adhésif dans son minuscule appartement ; l’intervention Survivalexpert de Jordan Deeby comportait des croquis et des vestes historiques d’une qualité impressionnante, et Jacob Pulley s’est inspiré du légendaire Klaus Nomi  — la première célébrité mondiale emportée par le sida.

Les États-Unis ont servi de cadre à une splendide vidéo de présentation, celle de Natasha Zinko x DUO Ltd, filmée au “Pays de la liberté”. Une vision nostalgique, peuplée de beaux rockers traversant des champs de coquelicots géants près des raffineries de pétrole, dans une Cadillac décapotable rouge vif. Aucune mention visuelle du confinement, et beaucoup de drapeaux américains à l’arrière-plan. Quoi d’autre ? Du denim brut, des guitares Fender, quelques magnifiques vestes à carreaux de style rockabilly, et des chemises imprimées de micro-pistolets. “L’ultime évasion : un voyage sans voyage”, expliquait la créatrice. En résumant du même coup l’ambiance qui planait sur la saison.

Le week-end était jalonné par plusieurs conférences, comme celle de Dylan Jones — rédacteur en chef de GQ et fondateur de la saison de prêt-à-porter masculin de Londres — qui s’entretenait avec le créateur Christopher Raeburn, très préoccupé par la livraison des collections de printemps avant Noël, puis leur mise en vente ou même leur retrait des boutiques avant l’arrivée des beaux jours.

“En tant que secteur industriel, ce que nous faisons n’a aucun sens. Le système est défectueux, c’est évident”, a-t-il déploré, exprimant une opinion partagée par de nombreux créateurs.

L’ensemble de l’événement semblait marqué par un désir ardent : retrouver une forme d’innocence. À l’image de la nouvelle oeuvre de l’écrivain et artiste de performance Tomfoolery, What Are You Drawing, commanditée par l’édition italienne du Vogue, dédiée aux enfants du monde entier.

Ce dimanche, le moment le plus inventif sur le plan numérique était peut-être la mini-vidéo du modiste Stephen Jones, Analogue Fairydust, résultat d’une collaboration avec l’avatar Noonnoouri, qui compte plus de 200 000 abonnés sur Instagram, et a déjà participé à des campagnes publicitaires avec Marc Jacobs et Versace. Cette poupée de mode végane, qui déteste la fourrure, était coiffée pour l’occasion de toute une série de chapeaux, des fantaisies tourbillonnantes en spirale jusqu’aux casquettes de montagne, en passant par des mini-chapeaux de Monsieur Loyal.

La vidéo “MA Fashion in-progress: Class of 2021” des étudiants de Central Saint Martins – London Fashion Week

La veille, l’une des propositions les plus stimulantes était celle d’Osman Yousefzada. Il s’agissait d’une vidéo tournée au Bangladesh, dans laquelle des ouvrières de l’habillement décrivaient leurs réactions face à des produits de fast-fashion trouvés dans des boutiques de seconde main au Royaume-Uni. Tous ces articles sont fabriqués dans leur pays, mais trop chers pour qu’elles puissent se les offrir. Dans la vidéo, ces vêtements étaient ramenés “à leur lieu de fabrication, auprès de ces femmes qui n’ont jamais été autorisées à les essayer… comme dans la division marxiste du travail. Je leur ai demandé d’imaginer qui étaient leurs clients”, expliquait Osman Yousefzada dans un entretien vidéo avec Livia Firth, militante écologiste et fondatrice de Green Carpet.

La contribution de Charles Jeffrey servait également à collecter de fonds pour la UK Black Pride — ou “Marche des fiertés noires” britannique. Le créateur a organisé une fête retransmise en direct. L’événement, baptisé Solasta — qui signifie “lumineux” ou “brillant” en écossais — avait lieu dans un sous-sol du quartier de Dalston. Une série de performances et de vidéos qui capturaient l’essence originelle de son concept “Loverboy”, et sa vision néo-romantique urbaine.

Le prix de la meilleure vidéo de la journée de dimanche devrait être remis à la “Sustainable Headdress Collection” (“Collection de coiffes écoresponsables”) du label 8ON8, qui a dévoilé une vidéo intitulée “Crown of Ruins”. Tournée avec une créativité sensationnelle par Jiagi Bi, il s’agissait d’une série de selfies déformés sur lesquels on pouvait voir des mannequins arborant neuf chapeaux cousus à la main, perchés sur le toit ouvrant d’un 4×4 qui parcourait une métropole asiatique — probablement Shanghaï — sur le titre Slave to Your Loving de Barrie Gledden.

C’est Mulberry qui a eu le privilège de clôturer la saison, avec une vidéo intitulée “Mulberry’s My Local”, diffusée exclusivement sur IGTV, avec le hashtag #TakeRootBranchOut. Un concert intimiste de la chanteuse Låpsley, mis en scène dans le cadre de l’initiative “My Local Series” de la marque.

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