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Haute Couture: Maison Margiela Artisanal, Elie Saab et Julie de Libran


Traduit par

Paul Kaplan

Publié le



9 juil. 2021

Le monde entier est un théâtre, mais aucune scène n’est plus diversifiée que celle de la Haute Couture parisienne. On y croise un créateur né à Gibraltar qui dessine pour une maison belge, un maître phénicien qui rêve de fantaisies florales et une jeune maman et marraine de la mode, qui encadre des étudiants et leur permet de travailler sur une véritable collection du calendrier officiel. Trois créateurs que tout oppose, mais qui présentent tous leur mode à Paris, sur les Champs-Élysées, à Saint-Germain-des-Prés ou à Beyrouth.

En d’autres termes, jetons un coup d’œil sur les collections de John Galliano chez Maison Margiela Artisanal, d’Elie Saab et de Julie de Libran.

Maison Margiela Artisanal : Les demoiselles déconstruites de Daphné du Maurier

 

 

Par moments, l’ambiance évoquait davantage les romans de Daphné du Maurier que l’univers de Maison Margiela, dans ce film dévoilé par John Galliano dans un cinéma des Champs-Élysées.

Le créateur britannique n’a pas lésiné sur les moyens, en faisant appel à Olivier Dahan pour réaliser ce fashion film — le plus long jamais projeté à ce jour. Le réalisateur, célèbre pour ses biopics La Môme et Grace de Monaco, signe ici un bel objet cinématographique, intitulé A Folk Horror Tale.

Une histoire sombre qui se déroule dans un village au sommet d’une falaise qui s’effondre dans la mer, tandis que des dizaines de pêcheurs et leurs épouses s’agitent sur le rivage. Pour l’ambiance, il faut s’imaginer une Rebecca déconstruite qui se serait hasardée dans L’Aventure vient de la mer.

Le long métrage proprement dit — qui dure 70 minutes, sans dialogue — s’ouvre sur un commentaire explicatif de John Galliano sur ses idées et ses techniques. Le tout entrecoupé de nombreuses images de lui en train de draper, d’élaborer le plan de collection et de discuter avec son équipe dans l’atelier de Maison Margiela, dans le XIXe arrondissement de Paris.

Parmi les meilleures idées de John Galliano, on retiendra l’utilisation de motifs de céramiques de Delft pour créer des imprimés patchwork éthérés. L’autre grand projet, dans cette collection imaginée par le styliste né à Gibraltar, était l’upcycling, en particulier de denim — déchirer, déchiqueter ou arracher les poches, avant de jeter le tout dans des machines à teindre géantes. Les étoffes ainsi obtenues ont ensuite été coupées pour réaliser des tenues spectaculaires, inspirées de la Restauration — de grandes robes, des nuisettes sensuelles et des vestes rembourrées, portées par des jeunes filles qui semblaient familières des tavernes de marins.

Maison Margiela Artisanal 2021 – Photo : Courtesy of Maison Margiela

Mais sa pièce la plus mémorable était une simple robe fourreau tapissée d’éclats de verre, tellement trouée et brodée de pointes qu’elle évoquait presque une sorte d’algue toxique. Après avoir aperçu le galion d’un pirate s’avançant dans la brume, notre héros, un moussaillon, découvre une couronne de verre assortie qu’il finit par poser timidement sur sa tête, avant de l’enterrer.

D’autres mannequins font sortir des arbres entiers de leur bouche, certains sont pris de crises de panique lorsque les murs se transforment en sang bouillonnant. Au moment du finale, une bacchanale de druides se forme, et des villageois regardent leur chef de clan s’éloigner vers l’horizon, flottant sur un bûcher funéraire en feu.

Une proposition inventive et provocatrice comme toutes les collections de John Galliano, mais présentée sous une forme trop longue, voire prétentieuse, et loin d’être aussi intrigante que n’importe quel roman (ou adaptation cinématographique) de Daphné du Maurier…

Elie Saab : Des bourgeons d’espoir envoyés de Beyrouth

 

L’espoir est éternel, même dans les moments les plus difficiles — tel était le message d’Elie Saab cette saison.

Pendant la majeure partie de la pandémie, le couturier est demeuré dans son pays natal, le Liban, au milieu de l’une des périodes les plus troublées de son histoire, créant de la beauté alors même que le centre de la capitale était transformé en champ de ruines par une énorme explosion de produits agricoles survenue il y a dix mois.
 
C’est pourquoi Saab a intitulé sa collection “Buds of Hope”, ou “Bourgeons d’espoir” en VF, en la présentant par le biais d’une vidéo tournée en studio — celle-ci s’ouvre sur les coulisses fantaisistes d’un défilé, derrière lesquelles ses mannequins élancés gloussent et bavardent, vêtus de robes de bal à fleurs, dos nu et festives.

Puis l’action se déplace vers un studio à colonnade, éclairé par la lumière du jour, idéale pour apprécier les broderies transparentes, chefs-d’œuvre de l’équipe triée sur le volet par Elie Saab lui-même. 

“Nous attendons tous que le printemps refleurisse dans notre monde. C’est une question de temps. C’est pourquoi j’ai parsemé tellement de pétales et de fleurs sur la collection”, explique le couturier libanais au cours d’un appel Zoom passé depuis son atelier.

Même lorsqu’une robe était composée de simples panneaux en crêpe ivoire, elle était décorée de pivoines en mousseline, de roses en tissu et de pétales en tulle. “Je voulais transmettre une certaine idée du volume, c’est pourquoi ces plumes ont été traitées comme des pétales de rose, puis brodées avec délicatesse”, ajoute Elie Saab.

Elie Saab – Haute Couture Automne-Hiver 2021-2022 – Photo : Courtesy of Elie Saab

Le couturier phénicien a choisi d’assembler de multiples crinolines renforcées avec des cadres intérieurs légers pour mieux appuyer sa vision. Le tout dévoilé par le biais d’un film de mode poétique, réalisé par Felipe Sanguinetti.

Une certaine idée de la mode, classique et moderne, des vêtements qui exigent une grande occasion, que ce soit un mariage dans la bonne société, un bal élégant ou un passage sur le tapis rouge. Avec en point d’orgue, une superbe robe de mariée parsemée de cristaux vert citron, qui devrait plaire aux princesses du monde entier.
 
Une collection qui contraste nettement avec les difficultés rencontrées actuellement par le Liban. “D’un point de vue politique et financier, c’est très difficile ici à Beyrouth. Mais nous devons reconstruire, et nous le ferons”, assure le fier designer libanais.

Comme de nombreux créateurs internationaux, Elie Saab n’est pas encore sûr de pouvoir présenter son prêt-à-porter pendant la saison parisienne au mois d’octobre: peut-être devra-t-il renoncer à son créneau au calendrier officiel.
 
“Paris me manque beaucoup. Ça me brise le coeur”, soupire-t-il.  “Je voulais venir, mais je préfère repousser mon retour au mois de janvier. À cause du variant Delta, tout pourrait redevenir instable très rapidement.”

Julie de Libran : Des marraines et des grands-mères

 

Il est toujours agréable de voir un créateur talentueux renvoyer l’ascenseur. Exemple concret: Julie de Libran, la marraine du département Création de Mode à l’Istituto Marangoni, une école de mode à Paris.

En collaboration avec ses étudiants, cette dernière a upcyclé et ré-imaginé plusieurs modèles et principes issus de sa première collection pour en créer une nouvelle, dévoilée dans le jardin de son appartement moderniste à Saint-Germain-des-Prés.

Pendant que les mannequins déambulaient, Julie de Libran a présenté une robe en crêpe noir, un modèle tiré de sa première collection, réinventé avec un col à plusieurs couches, et confectionné dans l’atelier de l’école par ses élèves.

“Je voulais que mes étudiants apprivoisent la discipline et découvrent la beauté de la Haute Couture. Cette saison, il s’agit de célébrer les savoir-faire sur lesquels nous avons la grande chance de pouvoir compter, ici à Paris. Mais aussi l’héritage de ma grand-mère”, explique Julie de Libran.

Julie de Libran – Haute Couture Automne-Hiver 2021-2022 – Photo : Courtesy of Julie de Libran

La créatrice expérimentée s’est également aventurée dans le nord de Paris, dans le nouveau paradis des spécialistes de la Haute Couture, le 19M, où plus d’une douzaine d’entreprises artisanales appartenant à Chanel mettent leur savoir-faire au service des designers, qu’ils soient indépendants ou issus de grandes maisons internationales.

À l’instar de cette magnifique dentelle de soie tirée de l’armoire de la grand-mère de Julie de Libran, conservée entre les pages d’un journal datant de 1964. La créatrice l’a découpée, rebrodée et remontée pour en faire une superbe robe du soir. Le travail a été effectué à la main chez Paloma, l’atelier de Haute Couture du 19M. Ou encore cette fabuleuse tunique en soie beige, ornée de dentelle et de sequins dorés par une autre entreprise du 19M, la Maison Lesage.

“J’habite pratiquement au 19M, confesse Julie de Libran. Et chez Marangoni, bien sûr”.

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