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Prada par Miuccia Prada et Raf Simons : le nouveau New Look


Le premier défilé créé en collaboration par Raf Simons et Miuccia Prada pour Prada était peut-être l’événement mode le plus attendu de l’année.

Copyright Prada

 
Pour cause de pandémie, la collection a été dévoilée exclusivement en ligne, mais quelques invités triés sur le volet ont pu assister à une conversation organisée après la présentation entre Raf Simons et sa nouvelle collaboratrice, Miuccia Prada, dont la famille possède toujours 90% de la maison cotée en bourse.

L’arrivée du créateur belge dans le studio créatif de la maison milanaise a visiblement eu une grande influence sur la collection, du casting des mannequins jusqu’aux vêtements, de l’attitude jusqu’à la silhouette. Concernant cette dernière, on ne pouvait manquer la référence au New Look inventé par Christian Dior, dont Raf Simons fait partie des successeurs, puisqu’il a dirigé la création de la vénérable maison parisienne entre 2012 et 2015. 

Prada a eu l’élégance d’inviter un groupe de journalistes et de clients privilégiés à assister à des projections simultanées de la présentation dans une demi-douzaine de villes à travers le monde – Shanghaï, Tokyo, Dubaï, Moscou, Berlin et Paris. Dans la capitale française, l’apparition de la première silhouette “New Look” a suscité un murmure d’approbation parmi les initiés réunis par la marque pour le déjeuner au très chic restaurant Girafe, face à la Tour Eiffel.
 
Clarifions tout de suite : il s’agissait là d’une version fraîche et astucieuse de la silhouette caractéristique de Christian Dior. Des pulls en mohair portés sur des tops seconde-peau techniques, percés de découpes arrondies et ornés de petits logos Prada ; des jupes midi merveilleusement évasées, cintrées à la taille (de guêpe) par des sangles en nylon et des boucles de ceinture de sécurité. Et aux pieds, de petits escarpins dont la ligne semblait familière, avec leurs petits talons biseautés.

Le casting de mannequins était lui aussi nouveau pour la marque, rappelant le penchant de Raf pour les jeunes filles  minces et candides, en contraste avec le décor – un vaste plateau sans fenêtre, drapé d’un lourd tissu jaune d’or, qui plongeait la présentation dans une ambiance à la David Lynch.

Des grappes de caméras étaient suspendues au plafond, offrant des dizaines de points de vue sur la collection. Un par un, les mannequins déambulaient dans l’espace ; parfois, leurs noms apparaissaient sur des moniteurs de télévision accrochés à côté des caméras.

L’harmonie entre les deux designers ne fait pas de doute. Visiblement, Raf Simons et Miuccia Prada n’ont pas eu peur de s’aventurer sur un terrain plus glissant. Comme ces textes imprimés sur des tenues en satin (de soie ou de nylon), la plupart du temps des extraits en français, dont “Signaux volent vers nous”, une langue que les Italiens considèrent encore comme un signe ultime de sophistication.

Manifestement, Raf Simons raffole du fameux logo triangulaire de Prada, placé à l’encolure d’une bonne partie des premiers passages du défilé. Quant aux deux créateurs, ils partagent une même vision de la femme fatale, ici emmaillotée dans le plus bel élément du défilé, un manteau cocon surdimensionné, décliné dans plusieurs matières, du coton mercerisé au moiré, en passant par les motifs rétro, et souvent orné de gros boutons contrastés.

On a aussi remarqué des sacs à dos placés à l’envers et transformés en mini-jupes en nylon, ainsi que la relecture ludique du célèbre motif signature de la maison, qui évoque le travail de Verner Panton, sur plusieurs manteaux, mais dont on avait du mal à comprendre l’intention. Au final, si la collection ne manquait pas de souffle, elle semblait dépourvue d’un discours véritablement construit, comme si le résultat de cette collaboration n’était pas tout à fait à la hauteur de la somme de ses parties…

Après le défilé, les deux créateurs se sont assis sur de longs bancs, en respectant la raisonnable distance de quatre mètres, pour répondre à une série de questions plutôt complaisantes, projetées sur un immense écran placé derrière eux. Du genre : quand avez-vous songé pour la première fois à une collaboration entre vous ? 

“Je n’avais jamais pensé que cela allait arriver, mais je suis heureux que ça soit le cas. Nous nous sommes rencontrés il y a de nombreuses années, quand Miuccia et Patrizio Bertelli m’ont proposé le poste chez Jil Sander, qui m’a permis de m’initier à la mode féminine. Quand la question s’est posée cette fois-ci, je n’ai pas hésité une seconde”, confie Raf Simons.  

La mode ne passe-t-elle pas son temps à se répéter encore et encore ?

“Depuis le début de la pandémie, je pense que le plus important, c’est d’exprimer le message profond de sa marque”, répond Miuccia Prada. Puis Raf complète : “La mode vise toujours la nouveauté, tout le monde veut trouver la nouveauté. Mais quand on développe sa marque depuis quelques décennies, le plus important, c’est de rafraîchir son propre travail”.

Autre question : Que buvez-vous le matin pour commencer votre journée ? Nous n’ennuierons pas le lecteur en retranscrivant ici les réponses généreusement fournies par les deux créateurs.

Comment Raf Simons percevait-il la société Prada avant son arrivée ?

“Depuis de nombreuses années, avant même de créer ma propre marque il y a vingt-cinq ans, j’étais impressionné par sa capacité à fédérer une communauté très soudée. Avec une attitude, une mentalité, une esthétique extrêmement secrètes, mystérieuses. Difficile de définir l’esprit de Prada en quelques mots, mais il existe, il est là”, analyse le designer, perdu dans un pull torsadé très ample. 

Une jeune admiratrice a même osé demander aux deux monstres sacrés de la mode contemporaine : comment devient-on un créateur ?

“Il faut étudier, étudier, étudier, regarder des films, se plonger dans l’art et la littérature. Mes vêtements ont pour effet que ceux qui les portent se sentent un peu mieux, voilà leur utilité. C’est ainsi que vous devez penser au vêtement : comme un instrument de la vie”, conclut Miuccia Prada, vêtue d’une jupe blanche évasée et plissée et d’un pull bleu foncé.

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