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Wes Gordon (Carolina Herrera) : “L’époque où les femmes sacrifiaient leur confort pour être belles est révolue”


Traduit par

Paul Kaplan

Publié le



27 févr. 2021

Difficile d’imaginer un créateur plus en phase avec une grande maison de mode que Wes Gordon, le directeur créatif de Carolina Herrera

Wes Gordon entouré de son équipe et de ses mannequins pendant la prise de vue du lookbook Automne-Hiver 2021 – Photo : Wes Gordon / Instagram

 
Cette semaine, Wes Gordon a dévoilé sa sixième collection pour Carolina Herrera depuis son arrivée à la tête du studio en 2018 : une ode mémorable à la ville de New York. Dans sa présentation vidéo, on voit les mannequins déambuler au sommet de l’Empire State Building, ou danser à l’étage d’un bus à impériale aux couleurs du logo de la marque américaine, faisant fi de la tempête de neige qui les entoure.
 
Carolina Herrera demeure l’une des rares véritables maisons de couture outre Atlantique, à bien des égards la marque de l’élite, et l’uniforme des clientes les plus riches de la planète — les grandes dames (et leurs filles) de l’Upper East Side. Wes Gordon, pour sa part, habite dans le centre-ville de New York, dans le quartier de Chelsea, près de la High Line.

Avant la pandémie, le designer avait arpenté Manhattan en long et en large pour organiser ses défilés, du bâitment de la New York Historical Society, dans l’Upper East Side, jusqu’au Battery Park, en passant par l’étrange centre culturel The Shed à Hudson Yards.

 

S’il est né à Chicago, Wes Gordon a choisi de rendre hommage à sa ville d’adoption, allant même jusqu’à sélectionner l’hymne disco “Native New Yorker” pour la bande-son de sa présentation, véritable ode à l’esthétique de Carolina Herrera. Des robes de cocktail à gros pois, des pantalons très amples imprimés de girafes rouges, des pantalons en crêpe d’une suprême élégance, brodés de cœurs. Les mannequins, vêtus de pièces en maille sophistiquées, se promènent devant la façade de la gare Grand Central, avant de se retrouver sur Times Square, habillés de robes de gala à micro-sequins et de jupes arc-en-ciel, tantôt agrémentées de manches bouffantes, tantôt garnies de mousseline rose. À la tête de ce bataillon, on reconnaît Alec Wek, perdue dans des nuages d’organza orange sanguine. Tous portent des masques, même pour poser sous les monumentales publicités de Broadway.

La maison Carolina Herrera fait partie d’un empire de la mode contrôlé par le clan catalan des Puig, qui possède également Jean Paul Gaultier, Paco Rabanne et Dries Van Noten. Depuis toujours, il s’agit de la marque la plus sophistiquée du groupe — et c’est encore le cas aujourd’hui, sous la direction de Wes Gordon.

Nous avons donc rencontré le créateur via Zoom ; depuis son studio sur la Septième Avenue, celui-ci nous a parlé de son travail de designer à la tête d’une maison emblématique de la mode américaine. 

Fashion Network : Pourquoi avoir choisi d’écrire cette lettre d’amour à votre ville d’adoption ?

Wes Gordon : Je suis un grand fan de la ville de New York. Et en ce moment, ses habitants semblent avoir besoin d’un peu d’amour et d’optimisme. Les douze derniers mois ont été très durs. C’est l’hiver, la nuit tombe à 16h30. L’industrie a besoin de retrouver son enthousiasme. Habituellement, les défilés viennent récompenser notre dur labeur, et sans cette carotte les choses deviennent plus difficiles. Nous avons tenté de ressusciter un peu de cet enthousiasme. Et puis j’adore les années disco. La chanson “Native New Yorker” est très accrocheuse, et les paroles marchent très bien : “No one opens the door for a Native New Yorker.” J’adore.

FNW : Quelle serait votre définition de l’ADN de Carolina Herrera?

WG : Nous habillons une femme particulièrement intrépide et fabuleuse. Quelqu’un pour qui porter des vêtements est une manière de faire la fête. À l’instar de ce portrait iconique de Mme Herrera par Andy Warhol, quand on passe la porte du studio. Ses lèvres rouges, ses boucles d’oreilles, les couleurs saturées, sa joie, sa vitalité incroyable, quel chic ! L’antithèse même du gris et de l’ennui. La femme Carolina Herrera est rose de la tête aux pieds alors que toutes les autres sont en noir ou en beige. Je me sens si honoré de pouvoir laisser mon empreinte sur la maison.

Carolina Herrera – Automne-Hiver 2021 – Photo : Carolina Herrera

FNW : Votre univers esthétique a-t-il évolué depuis votre arrivée chez Carolina Herrera ?

WG : J’ai rejoint la marque il y a trois ans, après le dernier défilé de Mme Herrera au MoMA en février 2018. C’était un honneur pour moi de prendre la direction de cette maison unique et merveilleuse. Mon rôle consiste à trouver le point d’équilibre entre flamboyant et sophistiqué.
 
FNW : Comment travaillez-vous pendant le confinement ?

WG : Je me rends cinq jours par semaine à notre bureau, situé à l’angle de la 37e rue et de la 7e avenue, et ce depuis le mois de juin. Il y a une limite aux rendez-vous Zoom, ou aux tableaux Excel. La mode est un savoir-faire un peu désuet qui a besoin d’une présence physique.

FNW : Quand on est à la tête d’une marque dont les collections s’apparentent à de la haute couture, comment fait-on quand les occasions de porter ses créations se font si rares ?

WG : Oui, Carolina Herrera est une maison de couture. L’une des dernières aux États-Unis, puisque Bill Blass, Halston ou Geoffrey Beene ont disparu. Sur le plan international, c’est une des marques favorites des femmes qui doivent s’habiller pour des occasions particulières. Que se passe-t-il lorsque ces occasions s’interrompent ? Eh bien, tout d’abord, nous vendons encore beaucoup de robes de mariées, car les femmes continuent de se marier. Et puis aujourd’hui, nos clientes passent commande quand elles en ressentent le besoin émotionnel, pas forcément quand elles ont un événement prévu dans six semaines. En naviguant sur Internet, elles découvrent peut-être un pull ou un imprimé qui leur parle et elles veulent se l’offrir. La demande augmente d’ailleurs pour les pièces en maille, ce qui nous a poussés à répondre à la question suivante : “comment les besoins spécifiques liés au confinement se retrouvent-ils sur une chemise blanche ou sur un grand pantalon ample ?”. Les gens tombent toujours amoureux et la pandémie n’y mettra jamais fin. En revanche, les grands mariages avec 600 invités, c’est terminé. Aujourd’hui, on réunit cinq personnes à l’hôtel de ville ou dans son jardin. Mais sans renoncer à la robe de ses rêves.

Carolina Herrera – Automne-Hiver 2021 – Photo : Carolina Herrera

FNW : Quelle est l’idée principale de cette collection ?

WG : J’ai voulu mettre l’accent sur l’allègement de la construction. L’époque où les femmes étaient prêtes à sacrifier leur confort pour être belles est révolue. Et je suis sûr que ça ne changera pas dans le monde d’après, désormais cette idée est profondément ancrée dans la ville de New York — un tiers de la vidéo a d’ailleurs été tourné en haut de l’Empire State Building. Je voulais jouer avec les couleurs, les effets de perspective et les angles.

Et pour le lookbook, nous avons collaboré à nouveau avec Roe Etheridge, un photographe d’art plus qu’un photographe de mode, ce qui lui donne une approche différente, que j’adore. En plus d’être un gars vraiment sympa, Roe est d’une énergie folle — indispensable pour photographier six mannequins et 40 looks en une journée !

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