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Zoom sur trois jeunes créateurs basés à Paris et soutenus par le programme Sphere


Traduit par

Marguerite Capelle

Publié le



11 oct. 2021

C’est un incontournable de la Fashion Week de Paris: le programme Sphere, qui associe showrooms, espaces de présentation et diffusion vidéo pour mettre en lumière les principaux jeunes talents qui présentent leurs créations dans la capitale française. Et c’est particulièrement vrai cette année, avec une moisson exceptionnelle.

Bénéficiant du soutien du Defi de la Fédération de la haute couture et de la mode, qui finance avec des fonds publics les start-up de la mode, ainsi que de L’Oreal, Sphere est un incubateur intelligent en même temps qu’une plateforme qui accompagne les marques émergentes pendant la période délicate des premières années, tout en leur laissant le champ libre pour exprimer leurs idées.

Nous avons rencontré plusieurs jeunes créateurs de talent qui participent à l’édition de cette année, pour comprendre comment Sphere les accompagne. Tous ont participé à l’espace Sphere du Palais de Tokyo, sont visibles sur la plateforme de la FHCM et vont être représentés par la plateforme de grossistes mode The New Black.

Benjamin Benmoyal aux Canaries

 

On ne peut pas reprocher à Benjamin Benmoyal de manquer de sens du timing. Le créateur parisien né en Israël est allé filmer la vidéo de sa collection aux Canaries quelques semaines à peine avant que le volcan de l’île la plus occidentale de l’archipel, La Palma, ne fasse éruption.

Diplômé de Central St Martins à Londres, et ancien de maisons comme Alexander McQueen ou Hermès, Benmoyal a toujours emprunté un chemin original. Sa matière brute signature, ce sont les vieilles bandes de cassettes vidéo. Plutôt pratique, quand on voit qu’Internet a rendu obsolètes des millions de cassettes.

Les mannequins arpentent l’île d’un pas lent et chargé d’émotion, loin des lieux touristiques. Des villages tranquilles et des ports minuscules constituent le décor de cette vidéo mignonne et un peu décalée réalisée par Raquel San Nicolas. Elles sont vêtues de robes de popeline blanche, avec des incrustations rayées, de vestes en denim blanc cousues sur des minirobes tissées zigzag de style ethnique, et de quelques supers tenues de soirée réalisées à partir de chemises de grands-pères… le tout avec des ourlets effilochés et irréguliers.

Les mannequins de couturiers de Benjamin Benmoyal arborent des chapeaux cylindriques géants parodiant le shtreimel, la coiffe de fourrure des Juifs orthodoxes. « Israël vient d’adopter une loi interdisant la fourrure dans tout le pays, sauf qu’ils font une exception pour les Hassidim. C’est ma manière de dire tout le mal que je pense de cette décision », ajoutait le créateur, en haussant les épaules.

Thebe Magugu, le bon père de famille

Thebe Magugu Printemps-été 2022 – Photo: avec l’aimable autorisation de Thebe Magugu

Il a toujours été un bon père de famille, ce Thebe Magugu, qui proposait une superbe présentation pour Sphere. Les mannequins de couturier sur lesquels il avait enfilé ses tenues étaient posés devant des portraits grandeur nature de membres de toute sa famille, photographiée sur plusieurs générations. À un rédacteur de mode qui lui demandait si un jeune homme était son neveu, le créateur sud-africain a répondu en souriant : « En fait, c’est mon oncle. Cette photo date d’il y a un moment ! »

Thebe Magugu a même intégré des mini-portraits de sa grand-mère en surimpression sur une élégante chemise rayée monogrammée, avec col et poignets blancs contrastants. Tandis qu’une robe imitation cachemire en matériaux mixtes, avec son logo représentant un couple en train de s’embrasser, était réalisée en panneaux de tissu plissé, très cool. Le même logo est repris sous forme de boucles sur des bottines de mousquetaire. Ses jupes plissées avec un imprimé photo architectural étaient tout aussi marquantes, associées à des tops en maille aux épaules découpées.

Les images montrent aussi la vie pleine de dignité du clan Magugu, malgré toutes les difficultés et divisions provoquées par l’apartheid en Afrique du Sud. S’exprimant dans plusieurs langues africaines dans cette vidéo sous-titrée, une vieille dame remarque: « Parfois j’ai l’impression de ressembler à tout le quartier. On ne peut pas y échapper. »

Cette atmosphère familiale était à des années-lumière d’une précédente vidéo de collection représentant des Amazones en guerre, du cinéma mode ultra-violent imaginé par Thebe.

« Je suppose que la violence inhérente à la culture de mon pays ressort quand je m’exprime », commentait le lauréat 2019 du prix LVMH, qui était très occupé à Paris. Au premier rang des défilés Loewe et Acne Studio, il a aussi participé au défilé hommage à Azlber Elbaz, pour lequel il a créé une robe recyclée d’un blanc crémeux, surmontée d’un sublime chapeau en plumes d’autruche immaculées, réalisées par sa compatriote sud-africaine, la chapelière Crystal Birch.

Le génie audacieux de Germanier

 

Voici un jeune talent assez génial: Kevin Germanier est carrément dans le coup avec ses matériaux recyclés à gogo. Le premier Kevin était un moine irlandais qui fonda Glendalough, au sud de Dublin, où se trouve encore la plus belle tour antique de l’île d’émeraude. Ce Kevin là est une personne sacrément créative, qui imagine des vêtements comme des armures biomorphiques.

A partir de perles et bouteilles en plastique recyclées, il crée des bodys en plastique, des corsets ajustés, des robes de soirée excentriques et d’élégantes minaudières. Le tout dans des imprimés abstraits explosifs, et ce qui ressemble à des motifs floraux déformés par des armes biologiques. Imaginez Leigh Bowery en plus mince, avec du sex-appeal.

« Je crois que mes parents m’ont appelé Kevin pour que je sois un homme, un vrai, costaud et hétéro. Mais ça n’a pas vraiment fonctionné”, gloussait le créateur. En tout cas, leur fils est clairement courageux – Kevin Germanier est assurément le nouveau talent le plus audacieux et le plus loufoque de la saison parisienne.

 

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